Lever des fonds en Suisse : ça marche vraiment ?

# ENTREPRENEURIAT| 6686 VUES

Je viens de vivre ça en direct. Un rendez-vous, un pitch, un site qui parle pour moi et un investisseur qui repart « grave emballé ». Il en parle à ses associés. Il revient vers moi la semaine prochaine. Alors avant de savoir s’ils signent ou pas, je me suis dit : autant te raconter ce que j’ai appris et regarder ce que disent vraiment les chiffres sur le financement en Suisse. Parce qu’entre les mythes de la Silicon Valley et la réalité du terrain helvétique, y’a un monde.

D’abord, la bonne nouvelle : ça bouge

En 2025, les start-up suisses ont levé près de 2,9 milliards de francs soit une hausse de 23,9% par rapport à 2024. Et pour la première fois depuis 2022, l’argent revient malgré un contexte international « tout sauf favorable ». 354 tours de financement ont été recensés, contre 153 en 2016. Le marché a plus que doublé en une décennie.

Encore plus parlant pour les jeunes entrepreneurs : les investissements dans les jeunes et très jeunes entreprises sont passés de 864 millions à plus de 1,4 milliard de francs soit une hausse de 73% sur les phases early-stage. Autrement dit, les investisseurs suisses recommencent à parier sur les débutants, pas seulement sur les valeurs sûres.

Maintenant, la vraie nuance

Voici ce que les guides américains ne te disent pas : 80% des entreprises suisses ne peuvent pas, et ne doivent pas, lever auprès de Venture Capitalists. Le capital-risque suisse se concentre massivement sur la biotech, la medtech et la deeptech, des secteurs à forte intensité technologique. Si t’ouvres un restaurant, une boutique ou une agence de services, le VC classique n’est tout simplement pas fait pour toi.

Et c’est pas grave. C’est même rassurant. Parce que ça veut dire qu’il existe d’autres chemins plus adaptés à la majorité des entrepreneurs suisses.

Les vrais chiffres du chemin de financement

Le parcours type d’une start-up suisse se déroule en paliers. Le bootstrapping (fonds propres, love money) couvre les 0 à 200 000 CHF. Le pre-seed avec les business angels va de 200 000 à 1 million. Le seed monte de 1 à 5 millions. La série A grimpe à 5-20 millions. Au-delà, c’est un autre monde.

Et la réalité du terrain : 78% des créateurs d’entreprise en Suisse démarrent sans aucune levée de fonds externe. Le bootstrapping reste la norme, pas l’exception. Si t’as l’impression d’être « à la traîne » parce que t’as pas encore de business angel, détrompe-toi t’es dans la majorité silencieuse.

Business angels : la vraie porte d’entrée

C’est probablement ton chemin si tu lis cet article. Les réseaux StartAngels et Business Angels Switzerland regroupent plus de 500 investisseurs actifs en Suisse. Leur logique : un retour visé de 5 à 10 fois leur mise sur 5 à 7 ans.

Ce qu’ils regardent avant de sortir le chéquier ? La qualité de l’équipe fondatrice, la taille du marché et une traction initiale, même modeste. Pas besoin d’avoir tout résolu. Juste de prouver que ça commence à marcher.

Le revers : un business angel prend généralement une part du capital. Et chaque tour suivant dilue un peu plus. Un fondateur qui lève trois fois conserve souvent moins de 40% à la série B. Lever des fonds, c’est aussi accepter de partager le gâteau pour le faire grossir.

Et Genève dans tout ça ?

Petite parenthèse romande qui pique un peu : Genève a connu un recul de 71% des montants levés en 2025, avec seulement 77,5 millions de francs. La première fois depuis 2021 que le canton ne franchit pas les 100 millions. Zurich domine largement avec 1,192 milliard, suivi de Vaud (578,9 millions) et Bâle-Ville (572,3 millions).

Mais le nombre de tours de financement à Genève a augmenté de 25 contre 21 l’an dernier. Ce qui veut dire : plus de projets, mais des montants plus modestes. Le canton multiplie les petites levées sans faire émerger de grosses opérations. Si t’es Romand, ça vaut le coup de regarder aussi vers le canton de Vaud, où le dynamisme est plus net.

Ce que ça t’apprend, concrètement

  1. Premièrement, ne vise pas le VC si t’es pas dans la tech profonde. Si ton projet n’est pas scalable sans coûts proportionnels, ou si t’es pas dans la deeptech, cherche du côté des business angels, du crowdfunding, ou des aides cantonales plutôt que de courir après des fonds de capital-risque qui ne te répondront jamais.
  2. Deuxièmement, la traction compte plus que le concept. Les investisseurs suisses veulent voir que ça marche déjà, même à petite échelle. Un site qui tourne, des chiffres réels, une communauté qui commence à se former. Pas juste une idée sur un PowerPoint.
  3. Troisièmement, prépare-toi à du temps long. « Il en parle à ses associés, il revient la semaine prochaine » c’est le rythme normal. Personne ne signe en direct sur un coup de tête, même emballé. La patience fait partie du jeu.
  4. Quatrièmement, le bootstrapping n’est pas un échec. 78% des entrepreneurs suisses démarrent sans lever un centime externe. Si c’est ton cas, t’es dans la norme, pas dans le retard.

La vraie question à te poser

Pas « comment je lève des fonds », mais « ai-je vraiment besoin de lever des fonds ? » Parce que lever, c’est diluer. C’est rendre des comptes. C’est accepter qu’un tiers ait un mot à dire sur ton bébé. Pour certains projets, c’est indispensable, car le capital nécessaire dépasse ce qu’un bootstrapping peut financer. Pour d’autres, ça reste un choix, pas une obligation.

Moi, j’ai choisi de lever des fonds parce que le projet le demande : un camion média, une application, une infrastructure qui coûte plus que ce que je peux avancer seul. Mais avant ça, j’ai construit, publié, prouvé que ça marche. C’est cette traction-là qui a « grave emballé » mon investisseur, pas un slide PowerPoint.

Alors oui, lever des fonds en Suisse, ça marche vraiment. Mais ça marche pour ceux qui ont déjà prouvé quelque chose avant de demander. Le reste, c’est du bruit de Silicon Valley qui ne s’applique pas ici.

—

STAN raconte les entrepreneurs suisses, de l’intérieur. Tu es en pleine levée de fonds, tu as réussi, tu as échoué ? Ton histoire nous intéresse.

PARTAGE

STAN # magazine # média # suisse #genève # vaud # valais #STAN

55 654 nouvelles entreprises en 2025. Un record en Suisse ! © STAN # magazine suisse # média # blogueur # influenceur #STAN55 654 nouvelles entreprises en 2025. Un record en Suisse
Portrait de David Labouré - Debout sur la table © STAN # magazine # média # blogueur # influenceur # Suisse #STANPortrait de David Labouré, entrepreneur et digital addict
Go to Top